Psychogénéalogie et épigénétique 


Science et clinique / mardi, septembre 24th, 2019

Psychogénéalogie et génétique

La psychogénéalogie est une pratique issue de la psychanalyse qui met en avant l’idée selon laquelle les évènements de vie d’une personne et sa façon d’être au monde sont influencés par les évènements de vie de ses aïeux. En particulier les traumatismes et les secrets de famille. On peut alors parler de transmission transgénérationnelle. Mais cette transmission peut-elle reposer sur un support biologique? Quelques pistes s’ouvrent avec l’épigénétique.

Ainsi, les vécus traumatiques non résolus vécus par une génération seraient gardés en mémoire et transmis aux générations suivantes. Portés par la descendance, ces traumatismes ou secrets de famille influenceraient le comportement et les croyances de celle-ci. L’objectif est alors de remonter le fil de cette influence transgénérationnelle pour mieux comprendre ce qui préside à notre vie actuelle et s’en libérer si nécessaire.

Pendant longtemps cette théorie du psychisme basée sur des observations cliniques allait à l’encontre des connaissances scientifiques. En effet, l’ADN véhicule l’information génétique de génération en génération. Darwin avançait que les caractères acquis ne se transmettaient pas. En d’autres termes, ce qu’un individu vit de son vivant et les modifications que cela apporte à son organisme ne se transmettent pas à sa descendance. Lors de la procréation, les informations contenues dans le code génétique sont transmises, et les modifications dans ce code sont rares.

Cela mène à penser les individus comme définis par leur code génétique et renvoie donc à une sorte de déterminisme génétique. Mais cette idée a été battue en brèche par les découvertes récentes en épigénétique.

Epigénétique et transmission

L’épigénétique désigne l’étude de l’expression des gènes. Chaque cellule de notre corps a le même code génétique, pourtant toutes ces cellules ne sont pas identiques. Les cellules du foie, de la peau ou du cœur ont le même code mais leur fonction sont tout à fait différentes.

Qu’est-ce qui fait qu’un code génétique s’exprime ou ne s’exprime pas ?

Des mécanismes complexes sont concernés mais ce qui nous intéresse ici s’appelle la méthylation. La méthylation de L’ADN désigne un processus biochimique qui a pour conséquence que l’ADN devient plus ou moins enroulé ou compacté sur lui-même.

Cette longue chaine d’information qu’est l’ADN est donc plus ou moins compactée à certains endroits. Et cela peut rendre l’accès à certains gènes et leur lecture impossible. Dans ces conditions, tel gène bel et bien présent dans le code génétique ne s’exprimera pas. La déméthylation désigne le processus inverse, c’est à dire la façon dont certains gènes vont être décompactés et leur lecture rendue éventuellement possible.

Or, l’environnement au sens large, c’est à dire tout signal extérieur, va être responsable de ces changements épigénétiques. Et les études montrent contre toute attente que la méthylation est transmissible d’une génération à l’autre.

Ainsi, le déterminisme génétique n’est pas si radical que nous le pensions. Le code génétique qu’un individu possède ne le détermine pas complètement. Celui-ci peut ou pas s’exprimer. Le fait qu’il s’exprime ou pas n’est pas non plus définitif, et les changements éventuels qui permettent l’expression de ces gènes peuvent se transmettre.

Même si ces découvertes sont porteuses d’espoir, notons que leur étendue et leur portée sont encore à préciser.

Quelques références

  • Pour aller plus loin sur ce thème pointu, je vous invite à consulter le site de l’inserm ou des conférences en ligne par exemple ici.
  • Voici quelques ouvrages de base sur la psychogénéalogie : L’écorce et le Noyau de Abraham et Török ou Aïe, mes aïeux d’Anne Ancelin Schützenberger.
  • Et ici une étude prometteuse sur l’hérédité des traumatismes et un article du Monde sur ce thème

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